Segaverse #002 – Yuzo KOSHIRO (compositeur)

Repères chronologiques :

1967 (12 décembre) : naissance de Yuzo KOSHIRO à Hino (à l’ouest de Tokyo). Son père est artiste peintre et sa mère est professeur de piano.

1970 : Yuzo commence le piano. Comment y échapper lorsqu’on a une mère aussi brillante et aussi réputée dans le milieu ?

1972 : il étudie la composition classique avec Joe HISAISHI (pendant 3 ans).

Pour la petite histoire, sa maman Tomo, professeur de piano à la prestigieuse Université de musique de Kunitachi, avait beaucoup d’élèves, et il s’avère que la femme de Joe HISAISHI en faisait partie.

1979 : Yuzo se met également au violoncelle. Une carrière de musicien classique ne saurait être envisageable sans une parfaite maîtrise du violoncelle. Cela va de soi ! Non ?

Dans l’interview donnée à « Video Games Daily » (octobre 2005), Yuzo KOSHIRO raconte qu’il était tellement fan des jeux Konami, Namco et Sega, en particulier de Space Harrier, Gradius et The Tower of Druaga qu’il se plaisait à enregistrer leurs bandes son directement à partir des haut-parleurs des bornes d’arcade. Evidemment, tout musicien qu’il est, il essayait ensuite de les reproduire chez lui, sur le PC-8801 (pc Nec) que sa mère a fini par lui acheter (2 000 €). Et c’est d’ailleurs ainsi qu’il a commencé à programmer sur PSG, une carte son qu’on retrouve sur beaucoup de micro-ordinateurs, de bornes d’arcade et de consoles à l’époque.

1985 : Yuzo a 18 ans. Et quand on a 18 ans, on n’est guère plus sérieux qu’à 17. Ce n’est certainement pas Rimbaud qui me contredira. Alors qu’il cherchait à devenir programmeur de jeux vidéo, notre jeune homme, cette année-là, tombe miraculeusement sur une annonce de Falcom. Sans faire ni une ni deux, il envoie sa candidature et se fait aussitôt embaucher. Que voulez-vous, on ne peut rien refuser à une aussi belle gueule, et encore moins lorsque cette belle gueule montre quelques signes de talent.

A ce propos, la légende urbaine tokyoïte raconte que la cassette de ses essais a tellement impressionné le staff de Falcom que la boîte a décidé de mettre 10 de ses morceaux dans le jeu Xanadu Scenario 2 (un RPG culte qui s’était tout de même vendu à plus de 400 000 copies).

Yuzo travaillera sur plusieurs jeux mais ce sera surtout Ys 2 qui va le révéler au grand public (sur Ys 2 il aura composé la quasi-totalité des musiques).

1988 : Yuzo quitte Falcom (après avoir composé plus de 100 morceaux tout de même). La décision a certes été prise pour plusieurs raisons mais c’est en particulier l’une d’entre elles qui aura été décisive : Yuzo ne percevait pas de royalties pour les compilations et les OST qui sortent dans les bacs (il n’est pas crédité dans les génériques et toutes les musiques appartiennent à Falcom Sound Team JDK). D’où son obsession, par la suite, de mettre son nom partout, y compris sur les écrans de titre des jeux (cette astuce lui aurait par ailleurs été soufflée par Joe HISAISHI lui-même).

Fort de cette malheureuse expérience, il devient compositeur indépendant (avec donc un vrai statut juridique) et travaille pour plusieurs compagnies, notamment pour Sega (il compose une partie de la BO de The Revenge of Shinobi aka Super Shinobi 1) et pour Nintendo (Actriser).

1990 (1er avril) : il crée la société Ancient Corp. (Kabushiki Gaisha Einshanto) avec sa mère Tomo Koshiro, tandis que sa soeur y travaille en tant que Chara designer. Les locaux de la société étaient son ancienne maison, située près de la gare de Toyoda à Tokyo. C’est une boîte, ainsi qu’il l’a toujours désiré, développe, produit et compose des musiques de jeux vidéo.

Pour son premier contrat, Ancient est chargé de faire le portage de Sonic sur Game Gear. C’est un succès. Non seulement Yuzo reproduit à la perfection les musiques de Masato Nakamura mais il se paie également le luxe de composer la musique du Bonus stage (il s’agit donc ici d’une composition inédite).

Cette performance a résonné si fort dans les locaux de Sega, que les grands ponte de la firme s’empresseront de confier au jeune studio tokyoïte exactement le même travail, mais cette fois-ci sur la licence Shinobi.

1991 : à compter de cette année-là, Yuzo n’aura de cesse de démontrer à Sega que son studio n’est pas seulement habile en portage mais qu’il est aussi capable de mener à bien des projets plus ambitieux, et donc plus risqués. Et le bougre y parviendra haut la main avec le succès planétaire de Street of Rage, premier du nom.

D’ailleurs, grâce à ce fort enrichissant interview qu’il a donnée à « Video Games Daily », on apprend qu’il a continué à composer la plupart de ses bandes son sur son vieux PC88 de chez Nec. Aussi, c’est sur cette délicieuse et non moins compétente antiquité, qu’il a développé un langage de programmation baptisé MML (Musique Macro Language), basé sur le Basic de Nec (pour la série des Streets of Rage, Yuzo a même rebaptisé ce langage en « Music Love »). Les amateurs de poésie fleur bleue, bien épaisse et bien grasse, apprécieront.

1992 : Toujours en tant qu’indépendant, Yuzo sera amené à travailler sur plusieurs jeux comme les versions Game Gear de Batman Returns et Shinobi II : The Silent Fury, ou encore Super Adventure Island sur Super Nintendo.

1993 : Yuzo fait équipe avec Motohiro Kawashima. Les deux compères uniront leurs forces créatrices pour composer tous les thèmes de Street of Rage 2.

1994 : le duo réitère leur exploit et offre à La Légende de Thor l’une des bandes son les plus marquantes de l’histoire de la Mega Drive.

1996 : ce n’est que deux années après la sortie officielle de la Saturn qu’Ancient Corp. essaiera de prouver au monde entier qu’il est capable de dompter la nouvelle bête de Sega. Et c’est cette ambitieuse volonté qui donneront naissance à La Légende de Thor 2, Vatlva et Culdcept.

Malheureusement pour Yuzo et son studio, la Saturn, après quelques années d’exploitation, se révèle être un fiasco.

1999 : Pour ne pas revivre la bérézina de la Saturn, Sega se résout enfin à mettre les petits plats dans les grands en produisant un mystérieux projet appelé Virtua Fighter RPG : Akira’s Quest. Il s’agit évidemment de Shenmue. Et pour garantir le succès d’une entreprise aussi pharaonique, Sega fera appel au génie interne Yu Suzuki et s’efforcera même de réunir sous sa houlette tous les talents disponibles. Yu Suzuki fera bien sûr partie de cette troupe.

Toutefois, l’on peut dire que cette expérience auprès de la superstar Yu Suzuki aura laissé à notre compositeur comme un arrière-goût d’insatisfaction et de frustration. En effet, bien des années plus tard, Yuzo confiera à la presse qu’il n’a jamais vraiment eu l’occasion de s’épanouir durant ce projet : « Yu Suzuki était quelqu’un de très puissant et très influent chez Sega. Il avait tout pouvoir sur le jeu. Il avait une idée très précise de ce qu’il voulait et nous avions une réunion par semaine rien que pour la musique. C’était très difficile de travailler avec lui ».

Finalement, Yuzo KOSHIRO aura accouché de 15 compositions et de 3 orchestrations en l’espace de 6 mois.

2015 (11 août ) : Yuzo publie sur Twitter des dessins que sa sœur avait fait à l’époque pour Street of Rage 4 (Saga Japan et Ancient avaient en effet mis en chantier le projet Streets of Rage 4, sur la Dreamcast, mais Sega of America avaient purement et simplement refusé de donner suite à cette initiative).

2000 : suite au départ à la retraite de sa mère, Yuzo devient le président d’Ancient Corp.

2003 : Yuzo s’essaie à la transe.

2006 : il s’oriente vers les concerts symphoniques et accompagne l’orchestre « Play! A Video Game Symphony » à travers le monde et se permet même de recomposer certains morceaux (Sonic, Shinobi, New Super Mario Bros).

Pour les plus geeks d’entre nous, je rappelle ici que c’est bel et bien Yuzo KOSHIRO qui a signé le thème de la chaîne française « Nolife », que par ailleurs j’affectionne tout particulièrement.

2020 : Le duo Koshiro-Kawashima reprend du service et régale la sphère du retrogaming avec la BO de Street of Rage 4, jeu développé par les Français de Lizardcube.

2025 : Ancient développe Earthion, un sublime shoot’em up qui, en plus des plateformes modernes (Xbox Series, PS5 et Switch), devrait aussi sortir sur Mega Drive, en cartouche.

Un grand merci à Ristou pour son article sur Culture Games.

Vous pouvez retrouver l’exorde que j’ai consacré à Yuzo KOSHIRO sur ma chaîne Youtube :

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