Segaverse #008 – Jordan MECHNER (créateur de jeux vidéo, scénariste, cinéaste, dessinateur)

Jordan MECHNER. Voilà un nom qui résonne comme l’ouragan, et ce depuis fort longtemps, dans l’enivrante sphère vidéoludique ! Ses exploits sont des légendes urbaines, sa réussite suscite l’admiration de toute une génération et son destin fait indubitablement naître des vocations. Prince of Persia est une licence qui, à l’instar des échos, retentit, se répercute et se prolonge avec volupté dans les couloirs du temps. Mais au final, qui est vraiment Jordan MECHNER ? N’est-il qu’un simplement créateur de jeux vidéo ? N’a-t-il point d’autres flèches à son arc ? Tâchons de répondre à ces quelques questions pour commencer ce troisième numéro de « Retro CRUSH » dédié aux épisodes 2D de Prince of Persia.

Repères chronologiques :

Histoire familiale :

1938 : juste avant la « nuit de Cristal », le grand-père de Jordan a réussi à quitter l’Autriche pour venir s’installer à Paris. La nuit de Cristal est un pogrom survenu dans la nuit du 09 au 10 novembre 1938, en réaction à la mort d’un secrétaire de l’ambassade allemande à Paris, grièvement blessé deux jours plus tôt par un jeune Juif polonais d’origine allemande.

Un oncle de sa grand-mère, à Vienne, avait trouvé dans sa cave 2 aquarelles d’Hitler. Et 20 ans plus tard, cet oncle a échangé ces aquarelles auprès des officiers nazis afin d’obtenir un visa pour la France.

1942 : les Mechner quittent la France (l’Occupation commence vers l’été 1940 et ne prendra fin qu’au début de 1945) et s’installent à Cuba pendant 2 ans.

1944 : la famille part finalement s’établir aux États-Unis.

4 juin 1964 : naissance de Jordan Mechner à New York. Il passera toute sa jeunesse à Chappaqua (au nord de l’état de New York). Son père, Francis Mechner, est psychologue (il a obtenu son doctorat à l’Université de Columbia) et sa mère programmeur. Il a 3 sœurs et 1 jeune frère.

Son enfance a surtout été marquée par les films d’animation Disney et par le cultissime magazine MAD. Ainsi, le petit Jordan, à cette époque, rêvait surtout de devenir dessinateur.

Il élabore un magazine (un fanzine) qui s’intitule Kooky Magazine, qui était une sorte de parodie de MAD qu’il vendait dans les foires locales depuis qu’il a 9 ans. Grâce à l’argent récolté, et en plus de ses économies, Jordan pourra s’offrir l’Apple 2 dont il rêvait depuis ses 13 ans.

1979 : Jordan commence la programmation à l’âge de 15 ans.

1982 : alors qu’il était encore étudiant en psychologie à Yale, Jordan développe Asteroid Blaster (un clone d’Asteroids) et tente de se faire éditer par « Hayden Software ». C’est un cuisant échec. Mais loin de se décourager, il va aussitôt s’atteler au développement d’un autre jeu intitulé Deathbounce et le soumet, cette fois, à « Broderbund ». Nouveau refus.

A la même période, il entame également l’écriture d’un journal intime qui décrit les difficultés, les joies et les peines d’un programmeur de jeux vidéo.

1984 : « Broderbund » finira par accepter d’éditer, sur Apple II, un autre jeu de JordanMechner intitulé Kerateka, l’un des premiers jeux de combat sur micro-ordinateur.

Le jeu a nécessité deux ans de développement.

Déjà, à l’époque, le jeu impressionnait par la fluidité de ses animations, ainsi que par l’effet de profondeur rendu possible par la séparation des plans et le scrolling (le fond est fixe mais les éléments du premier plan (décor et sprites) où se déroule l’action, eux, défilent).

Le jeu lui a été inspiré par les films d’arts martiaux alors très en vogue (en particulier les films de Bruce Lee), et par les chefs-d’œuvre d’Akira Kurosawa. Son père, son frère et une de ses sœurs ont servi de modèles pour les captures (en Super 8).

Ce sera le jackpot, puisque le jeu se vendra à plus de 500 000 exemplaires.

1985 : une fois son diplôme obtenu, il part s’installer en Californie où il travaille pendant 4 ans sur un projet nommé Prince of Persia.

Jordan Mechner est probablement l’un des premiers développeurs à vouloir donner une dimension cinématographique aux jeux vidéo.

Ainsi, au moment où il concevait le jeu, il cherchait à se rapprocher le plus possible du cinéma : narration subtile, dialogues bien écrits, animations fluides et réalistes (encore une fois rendue possible par la rotoscopie, un procédé cinématographique qui, par ailleurs, date des années 20), pas de score à l’écran pour davantage d’immersion.

1990 : sortie de Prince of Persia. C’est une réussite totale : le jeu est traduit dans 6 langues et sort sur de multiples plateformes (une trentaine au total) et se vendra à plus de 2 millions d’exemplaires à travers le monde.

Après la sortie de Prince of Persia, Jordan s’inscrit à l’Université de New York (NYU) et suit un cursus de cinéma.

Après son cursus, Jordan fait un long séjour en France où il découvre la bande-dessinée française, franco-belge.

1993 : Jordan produit et réalise un documentaire intitulé Waiting for Dark (un court-métrage de 19 min. tourné à Cuba), puis, par la même occasion, fonde un studio de développement de jeux vidéo, « Smoking Car Productions », basé à San Francisco.

La même année sort  Prince of Persia 2: The Shadow and the Flame. Bien qu’il soit moins impliqué dans le développement de cette suite, Jordan est tout de même crédité au générique en tant que directeur, game designer et scénariste.

Dans le cadre du développement de son prochain jeu, The Last Express, Jordan sera amené à faire plusieurs voyages, dont quelques uns en France (il a pu accéder aux archives de la SNCF stockées au sous-sol de la Gare du Nord…).

Lors de ses séjours en France, Jordan découvre la bande-dessinée française (franco-belge). Il se lie d’amitié avec des personnalités françaises telles que Michel Ancel (le papa de Rayman) et Lewis Throndheim (auteur et dessinateur de BD, de son vrai nom Laurent Chabosy).

1997 : « Smoking Car Productions » sort The Last Express, un jeu d’aventure qui se passe au début du 20ème siècle. Le jeu se déroule à bord de l’Orient Express et met amplement l’accent sur l’intrigue, les dialogues et les personnages. L’esthétique graphique s’inspire beaucoup des œuvres de Toulouse Lautrec et de l’art nouveau.

La particularité de The Last Express est que le jeu, comme Prince of Persia, se déroule en temps réel (ici, sur quarantaine d’heures).

Même si The Last Express a été un échec commercial à sa sortie, le jeu, au fil du temps, a fini par obtenir la reconnaissance du public et des professionnels, et deviendra un jeu culte.

Après cette expérience, Jordan s’éloigne peu à peu de l’industrie vidéoludique et se tourne vers l’autre grande passion de sa vie : l’écriture de scénarios et la réalisation.

2001 : Jordan est contacté par Yves Guillemot pour relancer la série des Prince of Persia.

2003 :  Jordan sort Chavez Ravine: A Los Angeles Story, un court métrage documentaire sur une communauté mexicano-américaine oubliée. Le court métrage a reçu le prix du « Meilleur court documentaire » à l’International Documentary Association Grand Jury, ainsi que celui de « Meilleur court documentaire » au Festival de films de Florida.

La même année, Ubisoft sort Prince of Persia : Les Sables du Temps, un jeu sur lequel Jordan Mechner a œuvré en tant que scénariste, game designer et consultant créatif.

2008 : il commence un nouveau journal intime (qu’on pourrait davantage qualifier de journal d’artiste) dans lequel il consigne ses pensées et ses sentiments du moment. Ce journal regorge également d’illustrations réalisées sur le vif.

2010 (mai) : Le film Prince of Persia : Les Sables du temps, réalisé par Mike Newell, sort au cinéma et Jordan Mechner est crédité en tant que Producteur exécutif.

13 Avril : sortie de Prince of Persia Before the Sandstorm, une bande-dessinée scénarisé par Jordan.

2012 (26 décembre) : Jordan sort l’ouvrage The Making of Karateka: Journals 1982-1985 qui, ainsi que l’indique le titre, revient sur le genèse de Karateka.

2013 : sort Templiers, une bande dessinée que Jordan scénarise de bout en bout.

2014 : Jordan épouse Whitney Hills, scénariste et game designer (elle a commencé sa carrière chez « Microsoft Game Studios »).

2017 : Jordan décide de s’installer en France, à Montpellier, et s’intéresse de plus près à la bande-dessinée.

C’est également l’année de son divorce après seulement 3 ans de mariage.

2020 (26 novembre) : sortie de son ouvrage intitulé La création de Prince of Persia: Carnets de bord qui, comme l’indique une fois de plus son titre, revient sur la genèse de Prince of Persia.

2022 : sortie de la bande dessinée Monte Cristo dont Jordan est le scénariste. La BD reprend le trame du classique de Dumas mais l’action est transposée dans l’Amérique post-11 septembre.

2023 : sort Replay : Mémoires d’une famille, une bande-dessinée avec au scénario, au dessin et à la couleur, Jordan Mechner himself. La BD raconte l’épopée familiale de Jordan Mechner sur trois génération.

Sortie du premier tome de Liberté !, une bande dessinée dont il est le scénariste. La BD relate l’opération clandestine franco-américaine (mise au point par le dramaturge Beaumarchais) à l’origine de l’indépendance des États-Unis. Rappelons que Beaumarchais, en plus d’être un dramaturge de génie, a été agent secret du roi et marchand d’armes. En plus d’être un homme de lettres, Beaumarchais était aussi un homme d’action.

2024 : Jordan partage un atelier, toujours à Montpellier, avec neuf autres dessinateurs.

Sortie du 2ème tome de Liberté !

2025 : sortie du 3ème volume de Liberté !

Retrouvez la vidéo que j’ai consacré à Jordan MECHNER sur ma chaîne Youtube :

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