retroJVerse #002 – Tomonobu ITAGAKI (programmeur, réalisateur, producteur : Dead or Alive, Ninja Gaiden…)

Comment parler de Ninja Gaiden sans évoquer l’inénarrable Tomonobu ITAGAKI ? Personnage haut en couleur qui a souvent défrayé la chronique et parfois divisé la communauté des joueurs, ITAGAKI, avec son look de rockeur « bad boy » et sa sulfureuse personnalité, aura en tout cas su marquer d’une empreinte indélébile l’univers du jeu vidéo. Car en dépit des affaires judiciaires scabreuses qui ont quelque peu entaché sa vaste carrière, d’aucuns se souviendront d’ITAGAKI comme d’un génie de la programmation, passionné de mathématiques, qui n’a jamais cessé de se battre et pour imposer ses convictions et pour conjurer ses démons intérieurs.

Repères chronologiques :

1er avril 1967 : Naissance de Tomonobu ITAGAKI à Tokyo.

Dès l’école primaire, ITAGAKI se découvre intérêt certain pour les robots, ces fameux méchas comme on les appelle au Japon.

En 1979 : Il commence à développer une sorte d’engouement particulier pour la série animée Mobile Suit Gundam (MSG), diffusée en avril 1979 à la télévision. Cet intérêt pour Gundam, qui n’est évidemment qu’une suite logique de sa toquade pour les méchas, va le pousser à construire de manière presque compulsive des robots en LEGO.

Remarque : les anecdotes, souvent relayées par les sites et les réseaux sociaux chinois, affirmant qu’ITAGAKI a commencé à construire des robots Gundam dès l’âge de 7 ans sont fausses. Car Itagami n’a visionné la série Gundam qu’à partir de 1979 (Gaundam n’existe pas avant cette date). Or, en 1979, ITAGAKI avait déjà 12 ans.

Vers 1981 : A 14 ans, il développe avec son frère cadet un jeu basé sur la série Gundam sur l’ordinateur familial. L’ordinateur en question était sans doute un PC-8001 ou PC-8801 qui étaient des micro-ordinateur très fréquemment achetés à cette époque-là (dans les années 70, début 80).

Dans ce projet amateur, qui est plutôt assimilable à ce qu’on appelle aujourd’hui un homebrew, son frère était chargé d’écrire le code en assembleur et Itagaki, lui, s’occupait des graphismes (il créait les sprites, en pixel art, et travaillait sur les articulations et les mouvements des robots). D’ailleurs, il déclarera plus tard que « colorier des pixels » a été son premier vrai métier.

Peu après cela, Itagaki développe un petit programme qui lui servira à « arbitrer » automatiquement les parties de wargames sur plateau qu’il aimait à disputer avec ses amis (les wargames étant basés sur beaucoup de calculs, personne ne voulait alors passer son temps à faire des exercices d’arithmétique).

Ces expériences précoces (pixel art + programmation) ont clairement posé les bases de sa future carrière de programmeur graphique chez Tecmo en 1992.

Vers 1982 : Il entre dans un lycée affilié à l’Université Waseda (Waseda University Senior High School). Durant ces années, ITAGAKI va développer une véritable passion pour le mah-jong et surtout pour les jeux d’argent. D’ailleurs, l’on peut dire que cet entichement ne manquera pas d’influencer son image bien des années après (lunettes de soleil pour cacher ses expressions).

Mars 1985 : ITAGAKI obtient son diplôme de fin d’études secondaires (l’équivalent de baccalauréat français) et parvient même à entrer à l’Université Waseda la même année (il y suit un cursus de droit).

1992 : ITAGAKI obtient enfin son diplôme de droit. Il aura mis en tout 7 ans au lieu de 4 pour le décrocher. Ce retard assez considérable est en majeure partie imputable à sa passion, d’aucuns diraient son vice, pour le mah-jong et les jeux d’argent.

Immédiatement après l’obtention de son diplôme, ITAGAKI entre chez Tecmo, alors qu’il admire énormément la firme SEGA. A ce propos, deux explications sont généralement avancées, sans pour autant se contredire tout à fait.

La première explication est qu’il a raté plusieurs fois son entretien chez SEGA et que, suite à ces échecs, il a fini par jeter son dévolu sur la société Tecmo.

La seconde explication est que le siège de Tecmo se trouvait plus près de chez lui en train.

Chez Tecmo, ITAGAKI va commencer au poste de programmeur graphique / ingénieur graphique. Il travaillera notamment sur Captain Tsubasa 4 (Super Famicom) et sur la version américaine de Tecmo Super Bowl. Sur ces premiers projets, ITAGAKI sera encadré par Yoshiaki Inose (le programmeur principal de la trilogie Ninja Gaiden sur NES) et par Akihiko Shimoji (le père et programmeur principal de la série culte Tecmo Bowl).

Vers 1995 : Tecmo traverse une crise financière majeure et évite de peu la banqueroute. Face au succès phénoménal de la série Virtua Fighter de Sega, la direction de Tecmo demande à Itagaki de concevoir un jeu de combat qui serait à la fois en 3D et compétitif.

1996 : Avec l’équipe « Tecmo Creative #3 », Tecmo sort le jeu de combat Dead or Alive, créé, dirigé et produit par ITAGAKI. Le jeu est un franc succès qui n’a rien à envier à Virtua Fighter.

Fort de cette performance, qui par ailleurs aura permis à Tecmo d’éviter la faillite, Itagaki suggère de marquer le coup en rebaptisant l’équipe qui a développé le jeu. Le « Tecmo Creative #3 » va ainsi devenir la « Team Ninja » (car « Tecmo Creative #3 » n’avait pas une identité assez forte). Le nouveau nom de l’équipe est également justifié par le fait que dès 1999, Tecmo commence à mettre en chantier un projet exceptionnellement ambitieux : le reboot de Ninja Gaiden.

1997 : Naissance de sa fille unique.

1999 : sortie de Dead or Alive 2 dont Itagaki est le producteur et réalisateur. Le carton phénoménal du jeu va considérablement accroître la popularité d’ITAGAKI.

Juillet 2001 : ITAGAKI prend la tête de la « Ninja Team ».

L’année sera également marquée par la sortie du troisième opus de Dead or Alive. Le jeu sera un succès à la fois critique et commercial. Le jeu sera même qualifié que « killer app » pour la Xbox.

2003 : sortie de Dead or Alive Xtreme Beach Volleyball, praduit et réalisé par ITAGAKI.

2004 : sortie de Ninja Gaiden, une exclusivité Xbox qu’ITAGAKI produit et réalise.

Ce sera géalement l’année de la sortie de Dead or Alive Ultimate.

Au mois de juin, ITAGAKI est nommé directeur général (executive officer) de Tecmo.

2005 : sortie de Ninja Gaiden Black (version augmentée et améliorée de Ninja Gaiden).

Dead or Alive 4 sortira aussi cette année-là.

2006 : sortie de Dead or Alive Xtreme II.

En février ITAGAKI devient directeur général du département de production haut de gamme. Néanmoins, le titre lui sera retiré quelques mois après à cause d’une sombre affaire de harcèlement sexuel. ITAGAKI reconnaît avoir donné un baiser à sa collègue mais affirme également que la relation était consensuelle.

L’affaire ITAGAKI : une employée de Tecmo de 31 ans, qui occupe le poste de responsable de la communication et des relations publiques (attachée de presse), affirme avoir été harcelée, sexuellement, par ITAGAKI en septembre 2003.

Selon elle, après un dîner d’affaires quelque peu arrosé avec des dirigeants d’une grande entreprise, ainsi qu’une séance de karaoké que l’on devine tout aussi arrosée, elle a dû partager un taxi avec ITAGAKI (leurs logements respectifs se trouvaient dans la même direction).

Dans le taxi, ITAGAKI lui aurait alors glissé un « Tu es mariée, n’est-ce pas ? ». Puis, ne pouvant davantage retenir sa ferveur, il lui aurait par la suite lancé un « Je t’aime », après quoi, l’homme se serait empressé de l’embrasser… de force et « en lui mettant bien la langue dans la bouche ». Et, toujours selon ses dires, ITAGAKI aurait aussi eu les mains un peu baladeuses et aurait même continué ses avances après la descente du taxi.

Par la suite, ITAGAKI se serait également amusé à l’enfermer à plusieurs reprises dans une salle de réunion afin évidemment de lui faire des avances.

Puis, il y aurait aussi eu des incidents lors d’une convention de jeux vidéo aux États-Unis en mai 2005 (très probablement l’E3).

La jeune employée de 31 ans aurait signalé les faits à la direction de Tecmo, mais les cadres dirigeants auraient quelque peu minimisé l’affaire en lui rappelant que cela ne pouvait en aucun cas être qualifié de harcèlement sexuel et que cela ne regarde qu’elle, sous-entendant ainsi que la jeune femme est maintenant adulte et vaccinée et qu’elle devrait régler l’affaire par elle-même.

Comme elle se sentait de plus en plus abandonnée et par son équipe et par la direction, la jeune employée commence alors à s’absenter pour des raisons de « souffrance mentale », pour reprendre le terme qu’elle a employés. Évidemment, ce comportement ne va guère plaire à la direction qui, sans faire ni une ni deux, s’empresser de lui faire entendre qu’elle risquait d’être licenciée si elle à continuait à s’absenter de la sorte.

La jeune plaignante a fini par quitter l’entreprise vers le 8 septembre 2006 et a déposé une plainte peu après (vers le 10 septembre).

Novembre 2006 : dans un rapport officiel, Tecmo déclare avoir mené une enquête interne d’environ un mois et aurait conclu qu’il n’y avait pas eu de harcèlement sexuel et que les allégations de la jeune employée de 31 ans résultaient tout simplement de son « désir […] d’évacuer sa frustration concernant son problème de couple ».

Tecmo souligne aussi qu’Itagaki et l’accusatrice, en mêlant « leurs affaires personnelles aux responsabilités professionnelles », avaient perturbé le fonctionnement normal de l’entreprise, et qu’en conséquence, la société a pris la décision de rétrograder les deux personnes incriminées.

Enfin, Tecmo affirme que la fameuse employée de 31 ans avait démissionné volontairement et qu’elle n’a pas été licenciée de manière abusive.

Décembre 2007 (et non en juin comme l’affirme Wikipédia) : le tribunal du district de Tokyo rend son verdict : Itagaki est innocent. Toutes les plaintes de l’ancienne employée ont été rejetées et ses arguments ont été jugés fallacieux.

La déclaration d’ITAGAKI : « Un verdict a été rendu dans l’affaire de harcèlement sexuel intentée contre moi par une ancienne employée de Tecmo. J’ai gardé la tête haute et j’ai mené un combat juste pendant l’année écoulée afin de laver mon nom et de défendre la réputation de la Team NINJA et de Tecmo. Les arguments de l’ancienne employée ont été jugés mensongers, et toutes les plaintes qu’elle a portées contre moi ont été rejetées. »

Juin 2008 : Quelques jours avant la sortie de Ninja Gaiden II, ITAGAKI annonce sa démission après 16 ans de bons et loyaux services, ainsi que l’action en justice qu’il a intentée contre Tecmo concernant des primes et des bonus qui ne lui auraient pas été payés. L’affaire sera finalement réglée à l’amiable.

Non content d’avoir attaqué Tecmo, ITAGAKI décide dans la même foulée de poursuivre personnellement en justice Yoshimi Yasuda (le président de Tecmo) pour dommages et intérêts basés sur « les déclarations déraisonnables et malhonnête », selon ses termes, que ce dernier aurait tenues devant les autres collègues. ITAGAKI réclame la somme de 148 millions de yens (environ 1,4 million de dollars).

Sous la pression de cette crise et d’autres actions menées par des employés mécontents, Yoshimi Yasuda a fini par démissionner de son poste de président de Tecmo quelques mois plus tard, en septembre 2008. Un arrangement à l’amiable a été trouvé entre les deux parties, en mars 2010, mais les termes exacts n’ont pas été dévoilés.

1er juillet : ITAGAKI quitte officiellement Tecmo pour fonder son propre studio de développement « Valhalla Game Studios » (avec d’anciens membres de la Team Ninja, dont Satoshi Kanematsu, le producteur de la licence Monster Rancher, entre autres). ITAGAKI occupe le poste de CTO (Chief technology officer).

2010 : Valhalla Game Studios annonce le développement de Devil’s Third, en partenariat avec THQ.

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2013 : THQ abandonne le projet puis fait faillite. Les droits du jeu reviennent à Valhalla Game Studios.

2015 : après un développement difficile (changement de moteur…) Devil’s Third sort sur Wii U et sera directement publié par Nintendo. Le jeu ne convainc ni la presse ni les joueurs (score 43 sur Metacritic. En, néanmoins, France JV.com lui donne la note de 15/20).

2017 : ITAGAKI quitte son poste de CTO chez Valhalla Game Studios et devient conseiller spécial. Durant cette période, il va se consacrer à l’enseignement du game design (notamment en Italie).

Janvier 2021 : après 4 années d’enseignement, ITAGAKI officialise la création d’Itagaki Games et annonce vouloir revenir à la création de jeux vidéo (il se dit ouvert à une collaboration avec Microsoft).

Décembre : Dissolution de Valhalla Game Studios. En novembre, la société mère de Valhalla, Wake Up Interactive, a été rachetée par Tencent pour 44 millions de dollars. Le 24 décembre, Wake Up Interactive décide de regrouper ses ressources en fusionnant Valhalla Game Studios avec le studio de développement Soleil.

16 octobre 2025 : Décès de Tomonobu ITAGAKI à l’âge de 58 ans (maladie grave non précisée publiquement mais qui est peut-être due à sa consommation excessive d’alcool).

Se sachant mourant, ITAGAKI avait pris soin de rédiger un message d’adieu, lequel sera publié sur sa page Facebook le jour de son décès :

« Ma vie a été une série de batailles. J’ai continué à gagner. J’ai aussi causé beaucoup d’ennuis. Je suis fier d’avoir suivi mes convictions et d’avoir combattu jusqu’au bout. Je n’ai aucun regret. Cependant, je suis profondément désolé de ne pas avoir pu livrer une nouvelle œuvre à tous mes fans. Je suis désolé. So it goes. »

Retrouver l’intégralité de la vidéo dédiée à Tomonobu ITAGAKI sur ma chaîne Youtube :

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